Le 1er avril 1939, la guerre civile espagnole s'est achevée par la victoire des nationalistes. Le 19 mai, Franco préside à Madrid un gigantesque défilé de la Victoire : près de 200 000 soldats, des contingents allemands et italiens venus de la et du , et une liturgie de triomphe qui célèbre le « Caudillo ».
Au-delà du faste, Franco doit fixer la nature de sa paix. Le pays est exsangue, divisé, et des centaines de milliers de républicains vaincus — soldats, militants, sympathisants — sont prisonniers, en fuite ou terrés. La Loi des responsabilités politiques, adoptée dès février 1939, ouvre la voie à des poursuites massives.
Le choix est politique et moral. Magnanimité et réconciliation pour refermer les plaies ? Ou répression systématique pour extirper l'« anti-Espagne » et asseoir durablement le régime ? À l'extérieur, la question du camp à rejoindre — l'Axe qui l'a aidé, ou une neutralité prudente — se pose aussi alors que l'Europe glisse vers la guerre. Le choix qu'il arrêtera façonnera non seulement l'après-guerre civile, mais la place de l'Espagne dans l'Europe qui bascule vers un nouveau conflit.
Au lendemain de sa victoire, Franco doit-il chercher la réconciliation ou imposer une répression systématique des vaincus ?
Franco choisit A : la victoire est suivie d'une vague de répression — tribunaux militaires, exécutions, camps et prisons surpeuplés, travail forcé. Les estimations des historiens sur le nombre d'exécutions de l'immédiat après-guerre varient fortement selon les sources et les méthodes, se comptant en dizaines de milliers. Des centaines de milliers d'Espagnols connaissent la prison ou l'exil. Sur le plan extérieur, Franco maintiendra l'Espagne formellement non belligérante en 1939, tout en restant lié à l'Axe. Le défilé de Madrid inaugure une dictature qui durera près de quarante ans. La mémoire de cette répression demeure, aujourd'hui encore, un sujet de vives controverses dans l'Espagne contemporaine.









