Depuis Munich, la Tchéco-Slovaquie est un État affaibli, amputé des Sudètes et fédéralisé à la hâte. La Slovaquie y dispose d'une autonomie, dirigée par le parti populaire de Mgr , prêtre catholique et nationaliste. Mais Prague et Bratislava se déchirent, et Hitler guette l'occasion d'achever le démembrement.
Le 13 mars 1939, Tiso est convoqué à Berlin. Hitler lui tient un discours comminatoire : ou bien la Slovaquie proclame immédiatement son indépendance sous protection allemande, ou bien il l'abandonne à la convoitise de la Hongrie et de la Pologne, qui se partageraient le pays. Un projet de déclaration d'indépendance, rédigé par les Allemands, lui est remis.
Tiso est pris au piège. Proclamer l'indépendance, c'est gagner un État — mais vassalisé, lié au Reich. Refuser, c'est risquer le dépeçage de la Slovaquie par ses voisins. Rester dans une Tchéco-Slovaquie agonisante n'offre plus de garantie. De retour à Bratislava, il doit soumettre la décision à la Diète slovaque, sous la pression du calendrier allemand. L'avenir de la nation slovaque se joue en quelques heures.
Tiso doit-il proclamer l'indépendance slovaque sous protection allemande, ou refuser au risque du dépeçage ?
Tiso choisit A : le 14 mars 1939, la Diète slovaque proclame l'indépendance de la Slovaquie, qui devient aussitôt un État client de l'Allemagne. Le lendemain, le démembrement s'achève par l'occupation des terres tchèques. L'« indépendance » slovaque est un trompe-l'œil : la diplomatie, l'économie et bientôt l'armée du nouvel État sont arrimées à Berlin. Tiso, devenu président, conduira un régime autoritaire et clérical qui collaborera avec le Reich, jusqu'à la déportation de la majorité des Juifs de Slovaquie en 1942. Jugé après la guerre, il sera exécuté en 1947. La Slovaquie de 1939 illustre l'illusion de l'indépendance accordée par un protecteur.









