Le 28 avril 1939, Hitler monte à la tribune du Reichstag pour répondre à l'appel public que Roosevelt lui a adressé deux semaines plus tôt. Le contexte est tendu : Prague, Memel et l'Albanie viennent de tomber, et le Royaume-Uni a garanti la Pologne le 31 mars.
Le discours est un exercice de force. Hitler peut profiter de la tribune pour durcir le ton et dénoncer les traités qui le gênent — le pacte de non-agression germano-polonais de 1934, devenu encombrant face à ses visées sur Dantzig, et l'accord naval germano-britannique de 1935, symbole d'une entente avec Londres désormais caduque. Il peut aussi tourner en dérision l'appel de Roosevelt.
Mais l'escalade a un prix. Dénoncer ces accords, c'est envoyer à Varsovie et à Londres un signal d'hostilité ouverte et fermer des portes diplomatiques. Hitler doit choisir entre durcir publiquement sa position en dénonçant les traités, maintenir une façade de modération pour ne pas précipiter la crise, ou se borner à répondre sur le terrain de la propagande sans toucher aux accords. Le ton qu'il adoptera fixera le cap des mois à venir.
Hitler doit-il dénoncer publiquement les traités avec la Pologne et le Royaume-Uni, ou ménager une façade de modération ?
Hitler choisit A : devant le Reichstag, il dénonce le pacte de non-agression avec la Pologne et l'accord naval avec le Royaume-Uni, et tourne en ridicule l'appel de Roosevelt en lisant la liste des nations citées sous les rires des députés. Le discours, théâtral et habile, présente l'Allemagne en victime de l'« encerclement » tout en sabordant les garde-fous diplomatiques. Il fixe le cadre du bras de fer de l'été : Dantzig et le couloir deviennent le point de friction, et la Pologne, désormais sans pacte, est dans la ligne de mire. Cinq mois plus tard, la guerre éclatera sur ce terrain même que le discours d'avril a dégagé.









