Baumgartner et l'or de la Banque de France
Au 1er septembre 1939, la Banque de France détient 2 800 tonnes d'or, deuxième réserve mondiale derrière les États-Unis (4 200 tonnes). On en stocke 1 500 tonnes au siège central de la rue La Vrillière à Paris, 600 à la succursale de Châteauroux et 700 dispersées dans 50 succursales provinciales ; le tout est estimé à 45 milliards de francs de l'époque, soit 140 milliards de dollars actuels.
Le gouverneur , 37 ans — l'un des plus jeunes de l'histoire de l'institution, inspecteur des Finances —, s'inquiète dès la déclaration de guerre. L'or français est-il en sûreté à Paris face à une invasion possible ? La leçon polonaise est claire : l'or doit partir. Reste le plus délicat — vers où.
À partir du 15 septembre 1939 se prépare l'opération secrète Vladimir-Boivin, qui doit transférer progressivement l'or hors de la capitale. Trois logiques s'affrontent : l'empire colonial (Afrique, Antilles), qui préserve l'or sous souveraineté française mais à portée d'un effondrement métropolitain ; le Royaume-Uni allié, proche mais vulnérable si Londres tombe à son tour ; l'Amérique du Nord enfin, plus lointaine donc plus sûre face à toute interception allemande, mais hors de tout contrôle direct. La méthode tient du roman : trains spéciaux blindés, escortes de gendarmes, transbordement sur les croiseurs de la Marine nationale Émile Bertin et Jeanne d'Arc, traversées de l'Atlantique sous couverture à bord de navires civils camouflés.
Baumgartner doit décider où concentrer l'or en priorité.
Où concentrer prioritairement l'or français ?
Baumgartner privilégie l'Amérique du Nord (C). Du 15 septembre 1939 au 28 février 1940, l'opération Vladimir-Boivin disperse l'or : 600 tonnes gagnent Casablanca, 400 Dakar, 300 Fort-de-France à la Martinique, et 1 100 prennent la route d'Ottawa et de New York via le Royaume-Uni, le Canada puis les États-Unis ; 400 tonnes seulement demeurent à Paris en réserve opérationnelle. Au 10 mai 1940 (déclenchement Fall Gelb), il reste 300 tonnes d'or à Paris — le reste est en Amérique ou colonies. Pendant l'exode, le dernier convoi part de Paris le 10 juin 1940, en route via Brest et Bordeaux vers Dakar. Mais à la chute de la France (22 juin), une partie des 300 tonnes restées en France métropolitaine tombe aux mains des Allemands — pillage organisé par la Reichsbank sous l'égide de . L'or en Amérique reste sous gestion française libre (de Gaulle obtient le contrôle en 1943 via la mission Pleven). L'or en colonies reste sous Vichy puis bascule progressivement vers la France Libre après 1942 (Torch). Bilan final 1945 : 2 500 tonnes récupérables, 300 tonnes spoliées et partiellement récupérées à Berlin par la commission Tripartite Gold 1946-1948. Baumgartner survit politiquement (renvoyé par Vichy en septembre 1940, mais réintégré à la Libération), devient gouverneur 1949-1960, ministre des Finances 1960-1962, meurt en 1978.









