Marquet — Bordeaux engorgée 12 juin
, ancien socialiste passé au « néo-socialisme », est maire de Bordeaux depuis 1925. À partir du 12 juin 1940, sa ville devient malgré elle la capitale de la France : le gouvernement, qui a fui Paris pour Tours, s'y replie, suivi des parlementaires, des ambassades et de vagues successives de réfugiés venus du Nord.
Bordeaux compte en temps normal environ 260 000 habitants. En une semaine, la population grimpe vers 600 000, peut-être 800 000. L'hôpital Pellegrin déborde, les boulangeries sont vides, l'essence est rationnée, les grands hôtels (Splendid, Normandie) sont pleins. Marquet doit, en quarante-huit heures, loger des ministères, héberger une foule et nourrir une ville qui a triplé.
Les ministères réclament des locaux, les réfugiés affluent par milliers et les ressources manquent partout. Marquet, à la croisée de l'administration municipale et d'un pouvoir national en déroute, doit choisir une méthode : tout réquisitionner, détourner le flot vers le sud, ou laisser le marché s'organiser de lui-même.
Comment Marquet doit-il gérer l'afflux qui submerge Bordeaux ?
Marquet combine A et B : du 13 au 16 juin, il réquisitionne quelque deux cents hôtels, des dizaines d'écoles et de bâtiments publics. Le 15 juin, le ministère de la Guerre s'installe à la préfecture, les Affaires étrangères au Splendid, Reynaud au palais Rohan ; en parallèle, il organise des trains réguliers vers Toulouse, Pau et Bayonne pour les réfugiés sans affectation. Le 16 juin, il entre lui-même au gouvernement comme ministre de l'Intérieur de Pétain. Sa trajectoire bascule alors vers la collaboration : à la Libération, il sera condamné en 1948 à dix ans d'indignité nationale. La séquence bordelaise de juin 1940 illustre comment l'effondrement militaire désorganise tout l'arrière, et comment des notables locaux se retrouvent, en quelques jours, à arbitrer le sort de centaines de milliers de personnes.









