La doctrine Galopin — produire ou non sous l’occupant
L'industrie belge, l'une des plus denses d'Europe, se retrouve sous la coupe de l'occupant. À sa tête, des figures comme , gouverneur de la Société Générale de Belgique — le plus puissant groupe financier du pays — doivent décider de la conduite à tenir face aux commandes allemandes.
Le dilemme est aigu. Refuser toute production, c'est plonger des centaines de milliers d'ouvriers dans le chômage et la misère, et risquer leur déportation vers le travail forcé en Allemagne. Produire pour l'Allemagne, c'est faire tourner l'économie et préserver l'emploi, mais aussi alimenter la machine de guerre ennemie.
Galopin et les grands patrons cherchent une ligne. Produire des biens civils — pas d'armement — pour maintenir l'emploi et éviter la déportation, tout en refusant la production directement militaire. Tout refuser, au nom du patriotisme, quitte à sacrifier l'emploi. Ou produire sans limite, y compris du matériel de guerre, pour préserver les profits et les positions. Le choix engage le sort de l'économie et des ouvriers du pays.
Faut-il produire des biens civils pour l'occupant afin de préserver l'emploi, tout refuser, ou produire sans limite ?
Galopin formule la doctrine qui portera son nom (doctrine Galopin) et retient A : l'industrie belge accepte de produire des biens civils pour éviter le chômage de masse et la déportation des travailleurs, tout en refusant en principe la fabrication d'armes. Compromis pragmatique du « moindre mal », il préserve l'emploi mais profite aussi à l'économie de guerre allemande, et sa frontière restera poreuse. La doctrine sera vivement débattue après-guerre ; Galopin lui-même sera assassiné par des collaborationnistes rexistes en 1944, signe de la position intenable qu'occupaient les élites économiques entre occupant et population.









