Wilton-Fijenoord : la direction du chantier face à l'occupant
Mai 1940. Les Pays-Bas capitulent et Rotterdam brûle. Le chantier Wilton-Fijenoord, à Schiedam, est l'un des plus grands complexes navals du pays : il emploie plus de 4 000 ouvriers et avait en cale des sous-marins et un croiseur destinés à la marine néerlandaise. Plusieurs de ces navires, faute de pouvoir fuir vers l'Angleterre, ont été sabordés dans le Nieuwe Waterweg.
La Kriegsmarine s'empare aussitôt du site. Elle veut faire renflouer et achever les bâtiments capturés, et transformer les ateliers pour fabriquer des pièces de guerre. La direction est prise en étau : refuser, c'est risquer la fermeture, la réquisition pure et simple, la faim pour les ouvriers et des représailles ; obéir pleinement, c'est armer l'ennemi.
W. Wilton, C.H. Teschmacher et leurs collègues doivent arbitrer entre l'emploi de milliers de familles et le refus d'aider l'effort de guerre allemand.
Après l'invasion allemande, comment la direction du plus grand chantier naval néerlandais doit-elle répondre aux exigences de la Kriegsmarine ?
La direction adopta une politique dite de « donnant-donnant » (give and take) : le chantier accepta les commandes allemandes tout en cherchant à en saboter discrètement les résultats et à ralentir les travaux. Wilton-Fijenoord acheva ainsi le sous-marin O 25, devenu l'UD-3 de la Kriegsmarine (mis en service en juin 1941), produisit des tubes lance-torpilles et des pièces de moteurs diesel pour les U-Boote, et lança le croiseur rebaptisé plus tard De Ruyter. Les effectifs montèrent jusqu'à environ 6 500 personnes. À partir de fin 1943, l'occupant pilla néanmoins les machines vers l'Allemagne et déporta des ouvriers en novembre 1944. Après la guerre, plusieurs directeurs furent poursuivis pour aide délibérée à l'ennemi : Teschmacher et d'autres furent condamnés à des peines de prison et de lourdes amendes (allégées en appel), la cour estimant qu'ils « n'avaient pas assez résisté ».









