Roosevelt — armer l'Angleterre ?
À l'été 1940, la chute de la France et l'isolement du Royaume-Uni placent le président américain devant un choix lourd. L'opinion publique américaine est largement isolationniste, marquée par le souvenir de 1917-1918, et des lois de neutralité encadrent strictement toute aide aux belligérants. Pourtant, une victoire totale de l'Allemagne menacerait, à terme, la sécurité des États-Unis.
Roosevelt doit arbitrer entre prudence électorale (il brigue un troisième mandat en novembre 1940) et nécessité stratégique. Aider matériellement le Royaume-Uni (armes, navires) malgré l'opinion et les lois de neutralité, pour empêcher l'effondrement britannique. Rester strictement neutre, pour ne pas heurter l'opinion ni risquer d'entraîner le pays dans la guerre. Ou se contenter de déclarations de soutien sans engagement matériel concret.
Churchill multiplie les appels à l'aide. L'enjeu est de savoir si la « grande démocratie » d'outre-Atlantique laissera tomber le dernier rempart européen face à Hitler, ou si elle prendra le risque de s'engager à ses côtés.
Roosevelt doit-il armer le Royaume-Uni, rester strictement neutre, ou se borner à des déclarations de soutien ?
Roosevelt s'oriente vers A, prudemment mais résolument : tout en affirmant vouloir tenir les États-Unis hors de la guerre, il dénonce dès le 10 juin 1940 le « coup de poignard dans le dos » de l'Italie et engage une aide croissante au Royaume-Uni. En septembre 1940, l'accord « destroyers contre bases » livre cinquante vieux destroyers américains à la Royal Navy ; en 1941 suivra le prêt-bail (Lend-Lease), faisant des États-Unis l'« arsenal des démocraties ». Ce soutien matériel, d'abord limité par l'isolationnisme et les contraintes électorales, est vital pour la survie britannique. Le choix de Roosevelt en 1940 amorce le basculement progressif des États-Unis vers l'engagement, qui deviendra total après Pearl Harbor (décembre 1941).









