Roosevelt — le prêt-bail devant le Congrès
Après avoir préparé l'opinion avec l'« arsenal des démocraties » et les « Quatre Libertés », Roosevelt veut transformer l'aide à la Grande-Bretagne en un dispositif durable. Londres est à bout de devises et ne peut plus payer comptant ; sans nouveau mécanisme, le flux d'armes américaines se tarira. La solution conçue par le président est le prêt-bail (Lend-Lease) : autoriser à fournir, prêter ou louer du matériel de guerre à tout pays dont la défense est jugée vitale pour les États-Unis, sans paiement immédiat.
Le projet, déposé au Congrès le 10 janvier 1941 sous le numéro symbolique HR 1776, déchaîne un débat national. Les isolationnistes — comité America First, sénateurs Wheeler et Nye, l'aviateur Lindbergh — y voient un pas décisif vers la guerre et une atteinte aux prérogatives du Congrès ; Wheeler le compare à « labourer un champ sur quatre » de la jeunesse américaine.
Roosevelt doit décider comment porter le combat : engager tout son poids politique pour faire adopter une loi ambitieuse, quitte à durcir l'affrontement avec les isolationnistes ; amender le texte pour le rendre plus acceptable au risque de l'affaiblir ; ou temporiser. L'issue déterminera la capacité de survie matérielle de la Grande-Bretagne.
Comment Roosevelt doit-il faire passer le prêt-bail ?
Roosevelt choisit A. Il défend le prêt-bail avec l'image restée fameuse du voisin qui prête son tuyau d'arrosage à celui dont la maison brûle, sans lui réclamer d'argent sur l'instant. Après des semaines de débats, la loi est votée en mars 1941. Le prêt-bail devient l'instrument financier décisif de la coalition alliée : il fournira pour des dizaines de milliards de dollars d'armes, de vivres et de matières premières à la Grande-Bretagne, puis à l'URSS et à la Chine, sans contrainte de paiement immédiat. C'est l'acte qui fait des États-Unis, encore neutres, l'« arsenal » effectif des démocraties, et qui scelle leur engagement matériel dans la guerre près d'un an avant Pearl Harbor.









