Roosevelt — destroyers contre bases
À l'été 1940, observe une Grande-Bretagne seule face à l'Allemagne, à court d'escorteurs pour protéger ses convois de l'Atlantique. Churchill réclame depuis des semaines des contre-torpilleurs américains. Mais les États-Unis sont neutres, l'opinion reste majoritairement isolationniste, et le président brigue en novembre un troisième mandat sans précédent : tout geste perçu comme un pas vers la guerre serait une arme entre les mains de ses adversaires.
Roosevelt cherche un montage qui aide Londres sans heurter de front le Congrès ni l'électorat. L'idée prend forme : céder cinquante vieux destroyers de la Première Guerre mondiale en échange de baux de 99 ans sur des bases britanniques de l'Atlantique (Terre-Neuve, Bermudes, Caraïbes), présentés comme un renforcement de la défense américaine.
Le procédé soulève une difficulté constitutionnelle : un tel accord relève normalement d'un traité soumis au Sénat. Roosevelt doit choisir la voie — passer par le Congrès au risque d'un débat enlisé en pleine campagne, agir par décret exécutif sur la seule autorité présidentielle, ou renoncer pour ne pas s'exposer. Il ignore encore comment l'opinion accueillera un troc d'armes avec un belligérant.
Comment Roosevelt doit-il transférer les destroyers à la Grande-Bretagne ?
Roosevelt choisit B. L'accord « destroyers contre bases » est annoncé le 2 septembre 1940 par échange de notes, sans vote du Congrès : cinquante destroyers contre des baux de 99 ans. Le président s'appuie sur un avis de son attorney general jugeant l'opération de son ressort. La mesure aide concrètement la Royal Navy à tenir l'Atlantique et marque une rupture nette avec la neutralité stricte, au profit d'une politique d'aide « par tous les moyens en deçà de la guerre ». Elle ouvre la voie à la loi prêt-bail de mars 1941. Réélu le 5 novembre 1940, Roosevelt confirmera ainsi le glissement des États-Unis vers le statut d'« arsenal des démocraties », sans pour autant entrer en guerre avant décembre 1941.









