Roosevelt au micro — 29 décembre 1940
Réélu en novembre, affronte une situation pressante : la Grande-Bretagne, seule en guerre contre l'Allemagne, épuise ses réserves de devises et ne pourra bientôt plus payer comptant les armes américaines, comme l'exige la loi de neutralité (« cash and carry »). Churchill lui a écrit une longue lettre exposant la détresse financière et matérielle britannique.
Roosevelt veut maintenir et amplifier l'aide à Londres, qu'il juge être la première ligne de défense de l'Amérique elle-même. Mais l'opinion reste largement isolationniste, et les adversaires de toute implication — du sénateur Wheeler au comité America First — guettent le moindre pas vers la guerre. Le président a déjà conçu l'idée d'un « prêt-bail » qui permettrait de fournir du matériel sans paiement immédiat, mais il lui faut d'abord préparer l'opinion.
Le 29 décembre 1940, il s'apprête à prononcer une de ses « causeries au coin du feu » radiodiffusées. Il doit décider du registre : présenter franchement l'aide à la Grande-Bretagne comme une question de sécurité nationale, rester prudent pour ne pas alarmer les isolationnistes, ou éluder en attendant un moment plus favorable.
Comment Roosevelt doit-il justifier devant l'opinion l'aide accrue à la Grande-Bretagne ?
Roosevelt choisit A. Dans sa causerie du 29 décembre 1940, il lance la formule restée célèbre : les États-Unis doivent devenir « le grand arsenal des démocraties » (the great arsenal of democracy), affirmant qu'aider les nations qui se battent contre l'Axe est le meilleur moyen de tenir la guerre à distance du sol américain. Le discours prépare l'opinion à la loi prêt-bail, qu'il présentera au Congrès en janvier. Une semaine plus tard, son discours sur l'état de l'Union énoncera les « Quatre Libertés ». L'« arsenal des démocraties » marque un tournant rhétorique décisif : il fournit le cadre moral et stratégique de l'engagement industriel américain, qui fera basculer l'équilibre matériel de la guerre bien avant l'entrée en guerre des États-Unis.









