Roosevelt — la signature du prêt-bail
Après des semaines d'un débat national passionné, le Congrès américain adopte début mars 1941 la loi de prêt-bail (Lend-Lease), qui autorise le président à fournir du matériel de guerre aux nations dont la défense est jugée vitale pour les États-Unis, sans paiement immédiat. Roosevelt dispose désormais d'un instrument puissant, mais doit en fixer la portée concrète.
La Grande-Bretagne, à bout de devises, attend une aide massive et rapide. Mais d'autres candidats se profilent : la Chine en guerre contre le Japon, la Grèce envahie, et bientôt peut-être d'autres. Roosevelt sait aussi que chaque dollar et chaque navire envoyé à l'étranger sont autant de ressources soustraites au réarmement américain encore balbutiant, et que les isolationnistes guettent tout faux pas.
Le président doit décider de la première grande affectation des crédits — sept milliards de dollars — et du périmètre du dispositif : concentrer l'aide sur la seule Grande-Bretagne, premier rempart ; l'ouvrir d'emblée à tous les adversaires de l'Axe ; ou la doser prudemment pour ne pas dégarnir la défense des États-Unis. Le choix engage la nature même du rôle américain dans la guerre.
Comment Roosevelt doit-il orienter l'aide du prêt-bail ?
Roosevelt signe la loi le 11 mars 1941 et privilégie A dans l'immédiat — la Grande-Bretagne est la grande bénéficiaire — tout en posant les bases de B : le dispositif sera étendu à la Chine, puis, après juin 1941, à l'URSS. Confié à l'administration d', mais piloté en réalité par , le prêt-bail devient le grand instrument matériel de la coalition alliée : des dizaines de milliards de dollars d'armes, de vivres et de matières premières, sans contrainte de remboursement immédiat. C'est l'acte qui fait des États-Unis, encore neutres, l'« arsenal des démocraties » effectif, et qui scelle leur engagement dans la guerre près de neuf mois avant Pearl Harbor. Churchill le qualifiera d'« acte le moins sordide de l'histoire ».









