est le successeur d'Atatürk à la présidence turque depuis 1938. Vétéran de la guerre d'indépendance, il connaît mieux que quiconque le prix d'un conflit mené par une nation jeune et désarmée. Sa ligne tient en un mot : neutralité.
Or, début mars 1941, la guerre frappe à la porte. Le 1er mars, la Bulgarie rejoint le pacte tripartite, et la Wehrmacht franchit aussitôt le Danube pour se déployer sur le sol bulgare, jusqu'aux abords de la Thrace turque. Londres, qui débarque au même moment un corps expéditionnaire en Grèce, presse Ankara de se joindre à un front commun dans les Balkans.
Les deux camps font assaut de séductions. Le 4 mars, l'ambassadeur remet à İnönü une lettre personnelle d'Hitler : le Führer jure n'avoir aucun dessein contre la Turquie et affirme avoir tenu ses troupes loin de la frontière. Le Foreign Office, lui, multiplie les visites d' à Ankara, agitant la promesse d'une alliance et d'un appui matériel.
İnönü dispose d'une armée nombreuse mais sous-équipée, encerclée par des puissances en guerre. Mobiliser aux côtés de Londres, ou répondre courtoisement et préserver sa neutralité ?
İnönü doit-il s'engager aux côtés des Britanniques dans les Balkans, ou maintenir la Turquie hors du conflit ?
İnönü choisit B : il maintient la Turquie en dehors de la guerre. À Eden, venu plaider la cause alliée, il répète invariablement que les Turcs ne rejoindront pas les forces britanniques en Grèce et n'entreront en guerre que si l'Allemagne attaque directement la Turquie. Le calcul est froid : une armée mal armée n'a rien à gagner à provoquer la Wehrmacht. La diplomatie allemande capitalise sur cette prudence ; le 18 juin 1941, Ankara signera même un traité d'amitié germano-turc, quatre jours avant Barbarossa. La Turquie restera neutre jusqu'en février 1945, ne déclarant la guerre à l'Axe que pour figurer parmi les fondateurs de l'ONU. Le pari d'İnönü aura épargné à son pays la dévastation qui frappe ses voisins balkaniques.









