Au Kremlin, tient les rênes de l'URSS sans partage. Depuis le pacte de 1939, il a fait de l'entente avec Berlin la pierre angulaire de sa sécurité, persuadé qu'Hitler ne se retournera pas contre lui tant que l'Angleterre résiste.
Pourtant, les signaux d'alerte affluent. Le 20 mars 1941, son ambassadeur à Washington transmet des avertissements précis sur les intentions allemandes ; le même jour, le GRU lui décrit le plan d'attaque. Des avions de reconnaissance allemands violent régulièrement l'espace aérien soviétique. Ses généraux réclament la mise en alerte des unités de l'Ouest et une mobilisation visible.
Staline voit dans tout cela une manœuvre destinée à l'entraîner dans la guerre. Sa hantise : fournir le moindre prétexte à une attaque. Pour apaiser Berlin, l'URSS livre des quantités records de céréales et de pétrole — des chargements partent parfois sans même qu'une commande allemande ait été passée. Quand un appareil allemand se pose en catastrophe, on nourrit le pilote et on le renvoie.
Entre autoriser ses troupes à se défendre et à se déployer, ou poursuivre l'apaisement à tout prix, Staline doit trancher.
Staline doit-il autoriser le feu défensif et une mobilisation visible, ou continuer d'apaiser l'Allemagne à tout prix ?
Staline choisit B : l'apaisement, jusqu'à l'aveuglement. Il refuse de placer les troupes de l'Ouest en état d'alerte de combat, redoutant qu'un tel geste ne « provoque » Hitler. Il ordonne de ne pas tirer sur les avions de reconnaissance allemands qui survolent le territoire. Les livraisons économiques se poursuivent à un rythme record jusqu'à la veille de l'invasion. À ses généraux, il lance que si quelqu'un provoque les Allemands à la frontière sans autorisation, « des têtes tomberont ». Cette obstination laissera l' prise au dépourvu le 22 juin 1941 : aviation détruite au sol, unités encerclées, des centaines de milliers de prisonniers dès les premières semaines. Rarement un dirigeant aura payé aussi cher le refus de croire ce que lui disaient ses propres services.









