Au printemps 1941, Staline redoute par-dessus tout la guerre sur deux fronts. À l'ouest, la menace allemande grandit, même s'il refuse d'y croire pleinement. À l'est, le Japon impérial — adversaire de l'URSS lors des sanglants affrontements frontaliers de Khalkhin Gol en 1939 — demeure une épée de Damoclès sur la Sibérie et l'Extrême-Orient soviétique.
Le ministre japonais des Affaires étrangères, , sillonne l'Europe. Après un passage par Berlin et Rome, il fait halte à Moscou. Le Japon, lui aussi, a intérêt à se couvrir : englué en Chine et lorgnant vers les ressources de l'Asie du Sud-Est et du Pacifique, il ne veut pas s'exposer à un conflit avec l'URSS dans son dos.
Les intérêts convergent. Un pacte de neutralité dégagerait les arrières des deux puissances : Staline pourrait, le cas échéant, ramener ses divisions sibériennes vers l'ouest ; Tokyo aurait les mains libres vers le sud. Restent les contentieux — la Mandchourie, la Mongolie, la rivalité ancienne.
À la mi-avril, le projet d'accord est sur la table. Staline doit décider s'il scelle ce pacte avec un ennemi d'hier.
Staline doit-il signer le pacte de neutralité avec le Japon, qui sécuriserait son flanc oriental ?
Staline choisit A : le 13 avril 1941, le pacte de neutralité nippo-soviétique est signé à Moscou par Molotov pour l'URSS et par Matsuoka pour le Japon. L'accord engage chaque partie à rester neutre si l'autre est attaquée par un tiers, pour cinq ans ; une déclaration jointe reconnaît mutuellement le statu quo en Mandchoukouo et en Mongolie. Staline, qui se montre rarement devant les diplomates étrangers, accompagne lui-même Matsuoka à la gare — geste calculé pour souligner le poids du traité. La portée est considérable : après le déclenchement de Barbarossa, ce pacte permettra à Staline de transférer ses divisions d'Extrême-Orient vers Moscou à l'automne 1941, contribuant à sauver la capitale. Le Japon, lui, se tournera vers le Pacifique et frappera Pearl Harbor.









