Le Premier ministre face à l'effondrement d'Athènes
, né en 1885, ancien gouverneur de la Banque de Grèce, n'avait jamais rêvé du pouvoir. Il est devenu Premier ministre par accident de l'Histoire : le 29 janvier 1941, le dictateur est mort d'un cancer, et Koryzis a hérité d'un fauteuil largement vidé de sa substance, le roi tenant en réalité les rênes.
Depuis le 6 avril, l'invasion allemande déferle. La ligne Metaxas est enfoncée, Salonique perdue, les Britanniques songent déjà à rembarquer. Le front grec s'effondre de jour en jour et le pays, qui avait tenu tête à l'Italie tout l'hiver, voit l'étau se refermer.
Koryzis n'a guère de leviers : l'armée dépend de Papagos, la stratégie du roi, et les Alliés de Londres. Mais il porte le poids symbolique de la nation au moment où tout cède. Continuer une bataille perdue coûterait des milliers de vies ; demander des termes briserait l'alliance avec la Grande-Bretagne ; se retirer reviendrait à déserter son poste.
Le 18 avril, après une entrevue tendue avec le roi à l'hôtel Grande-Bretagne — au cours de laquelle les deux hommes se seraient heurtés sur la conduite de la guerre — Koryzis rentre chez lui, accablé. Devant lui, plusieurs voies, aucune sans déshonneur ni douleur.
Koryzis doit-il pousser à poursuivre une guerre déjà perdue, ouvrir des pourparlers d'armistice avec l'envahisseur, ou trancher autrement le nœud qui l'étouffe ?
Koryzis choisit C : le 18 avril 1941, peu après son entretien avec le roi, il se donne la mort à son domicile athénien, se tirant deux balles dans la région du cœur avec un pistolet. Pour éviter une panique générale dans une capitale déjà sous le choc, sa mort est d'abord présentée comme une crise cardiaque, et aucune autopsie n'est pratiquée — ce qui nourrira durablement les hypothèses, de la plus banale à la plus sombre, sur les circonstances exactes du drame, notamment la difficulté de comprendre ce double tir. Premier ministre largement impuissant, mais incapable de survivre à l'humiliation du pays qu'il représentait, Koryzis laisse une Grèce qui capitulera quelques jours plus tard et un gouvernement qui devra fuir vers la Crète puis l'exil.









