Teleki entre la parole donnée et la raison d'État
Le comte , géographe de renom devenu Premier ministre hongrois, a tenu une ligne d'équilibriste : coopérer avec l'Allemagne pour récupérer les territoires perdus au traité de Trianon, sans pour autant livrer son pays à la guerre. Le 12 décembre 1940, il a signé avec la Yougoslavie un traité d'« amitié éternelle ».
Cinq mois plus tard, ce traité se retourne contre lui. Le 25 mars 1941, Belgrade adhère au pacte tripartite — mais dès le 27 mars, un coup d'État renverse le gouvernement et répudie l'alliance avec l'Axe. Hitler, furieux, décide d'écraser la Yougoslavie et exige que la Hongrie, membre du pacte tripartite, laisse passer ses troupes et participe à l'attaque.
Teleki est pris en étau. Le 3 avril, un télégramme de son ministre à Londres lui rapporte la menace britannique : si la Hongrie n'oppose pas une résistance active au passage des troupes allemandes, le Royaume-Uni rompra les relations diplomatiques — et déclarera la guerre si Budapest attaque la Yougoslavie. Laisser passer la Wehrmacht, c'est trahir un traité signé de sa main et déshonorer la nation.
Cette nuit-là, Teleki doit choisir entre la parole donnée et la raison d'État.
Teleki doit-il autoriser le passage des troupes allemandes contre la Yougoslavie, le refuser au risque de représailles, ou sortir autrement de l'impasse ?
Teleki choisit C : dans la nuit du 3 avril 1941, après avoir appris que l'armée allemande venait d'entrer en Hongrie, il se donne la mort d'une balle de pistolet. Sa lettre d'adieu est un acte d'accusation contre lui-même et son gouvernement : « Nous avons manqué à notre parole, par lâcheté… La nation le sent, et nous avons jeté son honneur. Nous nous sommes alliés à des gredins… Je suis coupable. » Incapable d'empêcher la trahison du traité mais refusant d'y mettre son nom, il choisit le sacrifice. Churchill écrira que ce suicide fut « offert pour absoudre lui-même et son peuple de la culpabilité dans l'attaque allemande contre la Yougoslavie ». La Hongrie laissera néanmoins passer les troupes et participera à l'invasion.









