Darlan et les bases offertes à l'Axe
L'amiral , commandant en chef de la marine française, est devenu en février 1941 le dauphin du maréchal Pétain : vice-président du Conseil et titulaire des Affaires étrangères, de l'Intérieur et de la Défense, il est de fait l'homme fort de Vichy. Convaincu que l'Allemagne gagnera la guerre, il cherche à monnayer la collaboration contre des allègements pour la France vaincue.
Au printemps 1941, l'occasion se présente au Levant. En Irak, le coup d'État pro-Axe de défie les Britanniques, et l'Allemagne veut acheminer des renforts aériens. Les aérodromes de la Syrie sous mandat français, tenue par le général Dentz, offrent une escale idéale vers Bagdad.
Berlin propose un marché : la France accordera des facilités militaires en Syrie — et au-delà, en Tunisie et en Afrique occidentale — en échange du retour de milliers de prisonniers, d'une baisse des frais d'occupation et d'autres assouplissements. C'est le projet des Protocoles de Paris, négocié avec l'ambassadeur .
Mais ouvrir la Syrie à la Luftwaffe, c'est risquer une guerre ouverte avec Londres, dont les avions bombardent déjà les terrains où se ravitaillent les appareils allemands. Darlan doit décider jusqu'où pousser la collaboration.
Darlan doit-il signer les Protocoles de Paris et livrer des facilités militaires à l'Axe en Syrie, refuser pour préserver la neutralité de Vichy, ou temporiser sans s'engager ?
Darlan choisit A : le 28 mai 1941, il signe avec les Protocoles de Paris, qui concèdent à l'Allemagne des facilités militaires en Syrie, en Tunisie et en Afrique occidentale française, contre le retour d'environ 6 800 spécialistes prisonniers et la réduction des frais d'occupation. Sommet de la collaboration vichyste, les protocoles ne seront cependant jamais ratifiés dans leur ensemble, des ministres comme Weygand jugeant le prix politique trop lourd. Mais sur le terrain, le ministre de la Guerre Huntziger avait déjà ordonné à Dentz de laisser les avions allemands et italiens se ravitailler en Syrie. Ces concessions précipitent l'inévitable : début juin, les Britanniques et les Français libres lancent l'invasion de la Syrie (opération Exporter), où Français combattront Français.









