À la fosse du Dahomey, le matin du salaire à l'équipe
Bassin minier, printemps 1941. Depuis l'armistice, le Nord-Pas-de-Calais est rattaché au commandement allemand de Bruxelles et le charbon part vers l'effort de guerre du Reich. La journée a été allongée d'une demi-heure sans hausse de salaire, les rations s'effondrent, et les compagnies veulent désormais payer au rendement de l'équipe entière plutôt qu'à l'abattage individuel.
Le 27 mai, à la fosse n°7 de Dourges — le coron du Dahomey — les porions poussent les hommes à accepter ce nouveau mode de paie. Au fond, la tension monte. Dehors, des femmes commencent à se rassembler devant les bureaux des compagnies.
Chaque ouvrier doit décider sur-le-champ : se plier à la cadence et au salaire à l'équipe pour nourrir sa famille, négocier poste par poste, ou cesser le travail et priver l'occupant de son charbon.
Ce matin-là, au fond comme au jour, comment les mineurs répondent-ils à la nouvelle organisation du travail imposée sous l'Occupation ?
Les hommes du Dahomey cessèrent le travail le matin du 27 mai 1941, déclenchant la « grève patriotique des cent mille mineurs ». Le mouvement gagna tout le bassin : environ 100 000 mineurs sur 143 000 (près de 80 %) s'arrêtèrent jusqu'au 10 juin. Les femmes, menées notamment par , bloquèrent les puits et manifestèrent devant les compagnies. Considérée comme l'une des plus grandes grèves de l'Europe occupée et un des premiers actes de résistance de masse, elle priva l'Allemagne d'environ 500 000 tonnes de charbon. La répression fut sévère : des centaines d'arrestations et environ 270 mineurs déportés en Allemagne en juillet, dont près de 130 y moururent.









