Boulanger et les camions du Reich
Été 1940. La France est vaincue, Paris occupé. Les grandes usines automobiles passent sous le contrôle des autorités allemandes, qui réclament des camions pour ravitailler la Wehrmacht. À la tête de Citroën depuis la mort d', reçoit l'ordre de faire tourner les chaînes du quai de Javel pour le compte du Reich.
Refuser ouvertement, c'est risquer la réquisition pure et simple de l'usine, l'arrestation et la mise au chômage de milliers d'ouvriers. Obéir docilement, c'est armer l'occupant. Boulanger, ancien combattant de 1914-1918, refuse déjà de rencontrer les émissaires allemands autrement que par intermédiaires.
Entre la soumission, le refus frontal et une voie plus ambiguë, le patron de Citroën doit trancher, en sachant que sa décision engage la survie de l'entreprise comme sa conscience.
Sommé de mettre les chaînes Citroën au service de l'effort de guerre allemand, comment Boulanger doit-il répondre aux exigences de l'occupant ?
Boulanger choisit la troisième voie : une apparence de coopération doublée d'un sabotage discret et systématique. Il organise un "travail au ralenti" et fait livrer aux Allemands un nombre volontairement réduit de véhicules. Surtout, il aurait fait déplacer le repère du niveau d'huile sur les jauges des camions destinés à la Wehrmacht : le repère placé trop bas conduisait à un sous-remplissage, et donc au grippage des moteurs après quelques centaines de kilomètres, sans que les mécaniciens allemands y voient une cause de sabotage. Boulanger refusa de rencontrer . Son nom figurait sur une liste noire allemande des "ennemis du Reich" à arrêter, retrouvée lors de la libération de Paris en 1944.









