Roosevelt — la causerie du 27 mai 1941
Au printemps 1941, la situation paraît sombre pour le camp allié : les Balkans et la Grèce sont tombés, Rommel a repris la Cyrénaïque, l'Atlantique est saigné par les U-boots, et le Bismarck vient de couler le Hood. Le prêt-bail fournit du matériel, mais à quoi bon si les navires qui le transportent sont coulés en route ? La question de l'escorte des convois par la marine américaine se pose, au bord de l'acte de guerre.
L'opinion publique américaine reste majoritairement opposée à toute entrée en guerre ; le mouvement isolationniste America First, avec Lindbergh, demeure puissant. Roosevelt avance donc par paliers, soucieux de ne pas devancer une opinion qu'il juge encore réticente, tout en préparant le pays à un engagement qu'il croit inévitable.
Le 27 mai 1941, le président doit décider du ton et de la portée d'une grande allocution radiodiffusée. Faut-il proclamer un état d'urgence renforcé pour mobiliser l'industrie et justifier des mesures fortes, sans aller jusqu'à la belligérance ; se contenter de paroles rassurantes pour ménager l'opinion ; ou franchir le pas en annonçant l'escorte armée des convois, au risque d'incidents avec les U-boots ?
Washington, mai 1941, alliés en difficulté partout, Roosevelt prépare un grand discours : jusqu'où engager l'Amérique sans déclarer la guerre ?
Roosevelt proclame un état d'urgence illimité, sans déclarer la guerre. Le 27 mai 1941, dans une causerie radiodiffusée écoutée par des dizaines de millions d'Américains, il proclame l'« état d'urgence national illimité » (unlimited national emergency), affirmant que la défense de l'hémisphère et la liberté des mers sont en jeu, et que les États-Unis prendront « toutes les mesures nécessaires » pour assurer la livraison du matériel aux adversaires de l'Axe. Il s'arrête au bord de l'escorte armée, qu'il n'annonce pas encore. Le discours marque une nouvelle étape de l'engagement américain : dans les mois suivants viendront l'occupation de l'Islande, les premiers incidents avec les U-boots (Greer, Reuben James) et l'ordre de « tirer à vue ». Roosevelt continue d'avancer prudemment vers une guerre que Pearl Harbor, en décembre, rendra inévitable.
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