Le Massilia — Bordeaux 21 juin
, 56 ans, ancien président du Conseil et ministre de la Guerre, a été écarté du gouvernement début juin. À Bordeaux, capitale provisoire d'une France à l'agonie, il sait qu'il pourrait être arrêté par le nouveau pouvoir qui se met en place autour de Pétain.
Le ministre de l'Intérieur sortant, , pousse plusieurs parlementaires à embarquer sur le paquebot Massilia, annoncé pour partir vers le Maroc afin d'organiser, depuis l'Afrique du Nord, la poursuite de la guerre. Une vingtaine de députés et sénateurs — dont , , Daladier lui-même — sont sollicités.
Embarquer, c'est miser sur une continuation du combat depuis l'Empire, mais s'exposer à être accusé de désertion. Rester, c'est défendre la légalité républicaine de l'intérieur, au risque de l'arrestation. Partir seul vers Londres rejoindre de Gaulle est une troisième voie, plus radicale encore. Daladier, l'« homme de Munich » de 1938, sait que la nouvelle équipe le tient pour responsable de la guerre autant que de la défaite. Il doit trancher dans les heures qui précèdent l'appareillage.
Daladier doit-il embarquer sur le Massilia ?
Daladier choisit A. Le Massilia quitte Bordeaux le 21 juin avec une trentaine de parlementaires — dont Mandel, Mendès France et Zay — et leurs familles, et atteint Casablanca le 24 juin. Mais Vichy retourne l'opération en piège politique : les passagers, présentés comme des « fuyards », sont arrêtés à l'arrivée. Mandel et Zay seront assassinés en 1944, Mendès France emprisonné puis évadé, Daladier déporté en Allemagne. L'affaire du Massilia servira d'argument à Vichy pour discréditer la IIIe République et ses élites. Elle illustre le brouillage total des repères de juin 1940, où vouloir continuer la guerre put être retourné en accusation de désertion.









