Jean Moulin — Chartres 17 juin
, 41 ans, est préfet d'Eure-et-Loir depuis 1939, le plus jeune préfet de France. Le 14 juin, Paris est tombé ; le 16, la Wehrmacht entre à Chartres. Au matin du 17 juin, des officiers allemands lui présentent un document à signer : un procès-verbal affirmant que des tirailleurs sénégalais auraient massacré des civils dans un village voisin.
Le document est un faux. Il vise à fabriquer une justification aux exactions allemandes contre les troupes coloniales africaines, victimes en juin 1940 de massacres systématiques. Pour Moulin, signer reviendrait à apposer une caution préfectorale à un mensonge déshonorant pour l'armée française ; refuser expose à la torture, voire à la mort.
La scène est un dilemme moral à l'état pur, vécu par un haut fonctionnaire seul face à l'occupant. Plus jeune préfet de France, républicain de gauche, ancien collaborateur de au ministère de l'Air, Moulin n'a aucune expérience de la clandestinité. Il affronte ce dilemme à un moment où l'État français se désagrège et où nul ne sait encore ce qu'« obéir » ou « refuser » signifiera dans les mois à venir.
Face au faux document, que doit faire Jean Moulin ?
Moulin choisit C : il refuse de signer. Battu et molesté une partie de la journée, il tente le soir, dans sa cellule, de se trancher la gorge avec un morceau de verre plutôt que de céder. Sauvé de justesse et soigné, il est relâché le 19 juin. Révoqué par Vichy en novembre 1940, il gagne Londres via Lisbonne en 1941, devient le délégué de De Gaulle en France et l'artisan de l'unification de la Résistance, présidant le 27 mai 1943 la première réunion du Conseil national de la Résistance. Arrêté à Caluire en juin 1943, torturé par , il meurt lors de son transfert vers l'Allemagne. Ses cendres entrent au Panthéon en 1964. Le 17 juin 1940 à Chartres est tenu pour son premier acte de résistance.









