Romain Gary à Salon — 17 juin
, 25 ans — le futur écrivain — est juif, né à Vilnius, naturalisé français en 1935. En formation de pilote depuis 1938, il se trouve en juin 1940 sur la base de Salon-de-Provence, en pleine débâcle de l'armée de l'Air.
Le 17 juin, Pétain demande l'armistice. La base se disloque. Kacew sait que la démobilisation est imminente et qu'un avenir sombre s'annonce pour un aviateur juif : le futur statut des Juifs de Vichy (3 octobre 1940) lui retirera bientôt ses droits. Plusieurs de ses camarades ont déjà tenté de gagner l'Afrique du Nord ou l'Angleterre, sans succès pour la plupart.
Trois voies s'offrent à lui : retrouver sa mère à Nice et attendre, tenter de rallier les forces qui se regroupent autour de Londres en passant par Casablanca, ou franchir les Pyrénées vers Gibraltar. Né à Vilnius, élevé dans la pauvreté par sa mère Mina, il a forgé en France toute son identité et sa vocation. Chacune des voies qui s'offrent à lui comporte un risque élevé d'échec ou d'arrestation, dans un pays où l'autorité bascule.
Que doit faire Romain Kacew au lendemain de la demande d'armistice ?
Kacew choisit B. Il s'embarque à Casablanca à la mi-juillet 1940 et atteint l'Angleterre fin juillet, où il rejoint les Forces aériennes françaises libres. Affecté au groupe de bombardement « Lorraine », il combattra en Afrique, au Moyen-Orient et au-dessus de l'Europe, et recevra la croix de la Libération. Sous le nom de , il deviendra l'un des grands écrivains français du XXe siècle — seul lauréat à avoir reçu deux fois le prix Goncourt (1956, puis 1975 sous le pseudonyme d'). Ses années de guerre nourrissent Éducation européenne (1945) et La Promesse de l'aube (1960). Son ralliement de juin-juillet 1940 illustre le parcours des premiers Français Libres, souvent jeunes, isolés et sans certitude.









