Oster décroche le téléphone
, 52 ans, Generalmajor et chef adjoint de l’Abwehr — le service de renseignement militaire allemand, installé au Tirpitzufer à Berlin —, est l’un des rares officiers à s’opposer au nazisme par conviction, et non par simple défiance envers le Führer. Membre de la résistance depuis 1934, il dit avoir basculé dans une « haine brûlante » du régime après les pogroms de la Nuit de Cristal, en novembre 1938.
Protégé par son chef, l’amiral Canaris, Oster a déjà trempé dans un projet de coup d’État avorté. Depuis 1939, il transmet des informations aux Alliés par l’intermédiaire d’un ami, le major , attaché militaire des Pays-Bas à Berlin, qu’il connaît depuis 1932.
Au printemps 1940, Oster a déjà prévenu Sas de plusieurs dates d’attaque à l’Ouest, sans cesse reportées — au point d’user sa crédibilité. Ce 9 mai, après un dîner avec Sas, il se rend au quartier général de l’OKW pour vérifier si un ordre d’annulation a été émis. Aucun. L’offensive contre la Belgique et les Pays-Bas est lancée pour le lendemain.
Oster ressort dans la nuit berlinoise. Sas l’attend.
Devez-vous trahir votre pays en confirmant à l’attaché néerlandais la date de l’offensive, au risque de la corde ?
Oster choisit A. Selon le récit de Sas, Oster lui lance que « le cochon est parti pour le front de l’Ouest » : aucun ordre n’a été annulé, c’est pour cette nuit. Sas alerte aussitôt La Haye et Bruxelles. Mais les avertissements répétés et démentis ont émoussé la confiance des états-majors alliés ; certains soupçonnent une intoxication. L’offensive à l’Ouest se déclenche le 10 mai 1940 et prend les Alliés par surprise. Le geste d’Oster reste sans effet militaire. Son activité de résistance sera découverte plus tard : arrêté après l’attentat du 20 juillet 1944, il est exécuté à Flossenbürg le 9 avril 1945, quelques jours avant la fin. La postérité débat encore : héros de la conscience pour les uns, traître pour d’autres.









