Sartre prisonnier — Stalag XII D
, 35 ans, professeur de philosophie, a été mobilisé en 1939 comme soldat affecté au service météorologique de l'artillerie. Fait prisonnier à Padoux (Vosges) le 21 juin 1940 — la veille de l'armistice — avec son unité, il est transféré à l'été au Stalag XII D, installé au lieu-dit Petrisberg, sur les hauteurs de Trèves. La France compte alors près d'un million et demi de prisonniers de guerre retenus en Allemagne — une masse d'hommes que Vichy tentera en vain de négocier.
Dans le camp, Sartre s'intègre à la vie intellectuelle improvisée : il lit Heidegger, donne des conférences, et écrit pour la veillée de Noël 1940 une pièce, Bariona, ou le Fils du tonnerre, représentée le 24 décembre devant ses camarades — sa toute première œuvre théâtrale. Mais il cherche à recouvrer sa liberté. Plusieurs voies s'offrent à lui : tenter une évasion, jouer la libération sanitaire — son fort strabisme pouvant être présenté comme une inaptitude —, ou patienter.
Sartre se trouve alors, comme un million et demi de prisonniers français, contraint de composer avec la captivité et de chercher une issue.
Comment Sartre doit-il tenter de quitter le Stalag ?
Sartre choisit B : il obtient un certificat d'inaptitude (les Allemands accordent encore des libérations sanitaires au printemps 1941) et est libéré en mars 1941. De retour à Paris, il reprend l'enseignement et fonde, avec , et quelques autres, l'éphémère groupe de résistance intellectuelle « Socialisme et Liberté », vite dissous faute de moyens. Son expérience de la captivité et de l'engagement nourrira sa réflexion sur la liberté et la responsabilité, au cœur de L'Être et le Néant (1943). Le parcours de Sartre illustre le sort de la masse des prisonniers de 1940 — captivité longue, recherche d'une issue, et premières formes, souvent vouées à l'échec, d'engagement.









