Graziani hérite du désert libyen
Le Maréchal , 57 ans, prend le commandement en chef de l'Afrique du Nord italienne à l'été 1940. La place vient brutalement de se libérer : le maréchal , son prédécesseur, a été abattu par sa propre DCA au-dessus de Tobrouk le 28 juin, durant un raid britannique. Graziani arrive avec une réputation de pacificateur impitoyable de la Libye et de l'Éthiopie, mais aussi de chef méthodique, réticent à l'improvisation.
À Tripoli, il découvre une armée nombreuse sur le papier — plus de 200 000 hommes — mais mal équipée pour la guerre moderne du désert : chars légers obsolètes, artillerie hippomobile, motorisation insuffisante, pénurie de pièces et d'eau. En face, à la frontière de l'Égypte britannique, une bien moindre en nombre mais mobile harcèle déjà les avant-postes italiens.
Or réclame une offensive rapide vers Suez et le canal, pour frapper l'Empire britannique là où il fait mal et offrir à la propagande fasciste une victoire éclatante. Balbo, déjà, jugeait l'armée de Libye inapte à une telle campagne sans renforts. Graziani hérite du dilemme : satisfaire le Duce, ou temporiser.
Faut-il lancer sans délai l'offensive vers l'Égypte que Mussolini exige, ou temporiser avec une armée mal préparée ?
Graziani opte d'abord pour B, puis cède partiellement à A : il multiplie les demandes de matériel et repousse l'offensive de semaine en semaine, au grand agacement de Mussolini. Pressé d'agir, il finit par lancer le 13 septembre 1940 une avance prudente qui s'arrête à Sidi Barrani, à une centaine de kilomètres en Égypte, où ses troupes s'enterrent dans une ligne de camps fortifiés. L'armée italienne ne reprend pas sa progression. En décembre, l'Opération Compass britannique, conduite par O'Connor avec des forces très inférieures, balaie ces camps et capture des dizaines de milliers de prisonniers. Graziani, brisé par le désastre, démissionne en février 1941 ; il faudra l'envoi de l' de Rommel pour rétablir la situation. Sa prudence initiale, jugée à l'aune de la débâcle qui suit, reste l'objet de vifs débats historiographiques.









