Perekop : la porte de fer de la Crimée
Fin septembre 1941, la 11e armée allemande commandée par le général progresse dans le sud de l'Ukraine et fixe son regard sur la Crimée, presqu'île stratégique qui commande la mer Noire et abrite la grande base navale soviétique de Sébastopol. Tant qu'elle reste aux mains de l'Armée rouge, l'aviation soviétique peut menacer les champs pétrolifères roumains de Ploiesti, vitaux pour l'effort de guerre du Reich.
Le seul accès terrestre à la péninsule passe par l'isthme de Perekop, une langue de terre étroite de quelques kilomètres de large, plate et sans relief. Les Soviétiques en ont fait un verrou : tranchées, champs de mines, fossé antichar hérité des siècles passés, casemates et lignes échelonnées en profondeur, appuyées par l'artillerie. Mais la péninsule possède aussi un long littoral, et les forces de l'Axe disposent d'appuis aériens dans la région.
Manstein commande des divisions d'infanterie aguerries, dont les effectifs et l'armement varient selon les secteurs du front de l'Est. La saison avance et l'automne, avec ses pluies, approche, tandis que d'autres opérations mobilisent les ressources allemandes. Plusieurs voies s'offrent au commandement pour aborder ce verrou. Il doit trancher.
Comment forcer l'isthme de Perekop et ouvrir la route de la Crimée ?
Manstein choisit l'assaut frontal : faute de blindés et pressé par le temps, il lance ses divisions d'infanterie à découvert contre les fortifications de Perekop fin septembre et début octobre 1941. Les combats sont d'une violence extrême sur ce terrain plat balayé par les feux soviétiques, et les pertes allemandes sont lourdes. Mais la 11e armée perce les lignes échelonnées, force le verrou de l'isthme puis celui d'Ichoun, et déferle sur la péninsule à l'automne, s'emparant de la quasi-totalité de la Crimée. Un seul bastion résiste : la forteresse navale de Sébastopol, dont le siège s'éternise. Malgré l'engagement d'une artillerie de siège colossale, la ville ne tombera qu'en juillet 1942, au terme de l'un des sièges les plus meurtriers du front de l'Est. Cette campagne vaudra à Manstein le bâton de maréchal, mais au prix d'une saignée prolongée pour son armée.
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