Un rapport atomique sur le bureau du Lord President
Sir , Lord President of the Council et ministre coordonnant l'effort scientifique de guerre, reçoit le 24 septembre 1941, à Londres, le rapport du panel de défense du Comité consultatif scientifique présidé par . Le document examine les conclusions du comité MAUD, qui affirme depuis l'été qu'une bombe à l'uranium n'est plus une spéculation mais un projet techniquement réalisable, potentiellement décisif pour l'issue de la guerre.
Chimiste de formation, Anderson connaît le dossier mieux que quiconque au Cabinet et a suivi de près les travaux sur la fission. Le panel de Hankey, plus prudent que MAUD sur les délais et les coûts colossaux, recommande néanmoins de poursuivre sans relâche. En arrière-plan plane l'aval donné par Churchill quelques semaines plus tôt, mais rien n'est encore organisé : aucune direction dédiée, aucun maître d'œuvre industriel, aucune articulation claire avec les Américains, qui avancent de leur côté.
Le Royaume-Uni est seul, bombardé, à court de ressources. Engager des moyens immenses dans une arme incertaine, c'est détourner savants, usines et devises d'une guerre menée déjà au bord de la rupture.
Sur le bureau du Lord President, le rapport attend une suite : classer le dossier, trop coûteux et trop lointain pour une Grande-Bretagne assiégée ; confier la recherche aux seuls Américains, mieux dotés ; ou lancer une direction britannique dédiée pour piloter le projet.
Sir John Anderson doit-il classer le rapport sur l'arme à l'uranium, confier l'effort aux seuls Américains, ou lancer une direction britannique dédiée ?
Anderson opta pour la création d'une direction britannique dédiée. Dans les semaines qui suivirent, le projet fut placé sous l'égide du Department of Scientific and Industrial Research et reçut un nom de code volontairement opaque, Tube Alloys, qu'Anderson contribua lui-même à forger. , directeur de recherche d'Imperial Chemical Industries, en prit la tête, tandis qu'Anderson présidait le conseil consultatif chargé de la politique du programme. La Grande-Bretagne devint ainsi le premier pays à structurer un programme d'arme atomique. Mais l'effort, d'une mesure trop lourde pour une économie de guerre exsangue, fut progressivement absorbé par la puissance industrielle américaine ; les travaux et une partie de l'équipe furent transférés outre-Atlantique, et Tube Alloys finit dilué dans le projet Manhattan (accord de Québec, 1943).









