Enigma — la conférence de Pyry
, 43 ans, dirige depuis 1929 le BS-4 (section allemande) du Bureau du Chiffre de l'État-major polonais — quartier secret installé dans la forêt de Pyry, à 15 km au sud de Varsovie. Sous ses ordres, trois mathématiciens de l'Université de Poznań — , et — ont reconstitué dès décembre 1932 le fonctionnement interne de la machine cryptographique allemande Enigma. Depuis lors, le BS-4 décrypte régulièrement le trafic allemand grâce à des "bombes" électromécaniques et à la méthode des feuilles de Zygalski.
Le 1er janvier 1939, les Allemands ajoutent deux rotors supplémentaires (V et VI) à l'Enigma militaire. Les bombes polonaises deviennent obsolètes faute de moyens techniques pour les multiplier — il faudrait 60 bombes au lieu de 6, à un coût équivalent au budget annuel de l'armée polonaise.
Langer fait remonter à l'état-major (général ) que la Pologne ne peut plus suivre seule. La décision est politique : partager ou non avec les Alliés ? Plusieurs précédents (1931 polono-français , 1934 polono-britannique) ont montré que les Britanniques et Français ne croyaient pas Enigma cassable. Si la Pologne révèle son secret et est ensuite occupée, le travail est perdu — mais si les Alliés exploitent l'information, le potentiel est immense.
Que recommander à l'état-major en juillet 1939 ?
Stachiewicz approuve B sur recommandation de Langer. Du 25 au 26 juillet 1939, au centre de Pyry, Langer reçoit le commandant français (SR Air) et la délégation britannique (chef de la Government Code and Cypher School) accompagné de (cryptanalyste GC&CS). Les Polonais leur expliquent toutes les techniques de reconstitution, démontrent les bombes en fonctionnement, et — geste majeur — remettent à chacun une réplique complète d'Enigma militaire construite par AVA Radio à Varsovie. Knox est tellement abasourdi qu'il télégraphie à Londres qu'il faut "donner aux Polonais tout ce qu'ils demandent". À Bletchley Park, le travail de Rejewski permet à et de concevoir leurs propres bombes (les Bombes de Turing), opérationnelles à partir de mars 1940. Les trois cryptanalystes polonais s'exilent par la Roumanie en septembre, rejoignent la France où ils continuent à décrypter pour Bertrand jusqu'en 1942, puis se replient en Espagne (où Różycki périt en mer en 1942 dans le naufrage du paquebot Lamoricière). Rejewski et Zygalski terminent la guerre à Boxmoor (UK), au service auxiliaire polonais — affectés à des tâches mineures sans accéder à Bletchley. Leur rôle ne sera reconnu publiquement en Grande-Bretagne qu'en 1973 (publication Bertrand) puis 2000 (rapport officiel britannique).









