L'armée polonaise et le déploiement
À la tête de l'armée polonaise, le maréchal prépare la défense du pays face à une attaque allemande devenue probable. Mais la géographie est cruelle : la Pologne présente à l'Allemagne une frontière immense, et le pays est presque encerclé depuis l'annexion de la Tchécoslovaquie et l'arrimage de la Slovaquie au Reich.
Deux écoles s'opposent sur le déploiement. Défendre l'avant, au plus près des frontières, pour protéger les régions industrielles de Silésie, les ports et le cœur économique du pays — et pour ne pas céder un pouce de terrain, ce qui aurait un coût politique vis-à-vis de l'opinion et des alliés. Ou se replier d'emblée derrière les grands fleuves — Vistule, San, Narew —, sur une ligne plus courte et plus défendable, en abandonnant l'ouest mais en préservant l'armée.
Rydz-Śmigły doit trancher. Le déploiement avancé est risqué militairement, mais la retraite préventive heurte des considérations économiques et politiques majeures. Le choix conditionnera la capacité de l'armée à tenir jusqu'à ce que la France et le Royaume-Uni interviennent à l'Ouest.
Rydz-Śmigły doit-il défendre les frontières au plus près, ou replier l'armée derrière les grands fleuves ?
Rydz-Śmigły choisit A : pour des raisons économiques — protéger la Silésie industrielle et les ports — et politiques — ne pas paraître abandonner la moitié du pays —, l'armée polonaise se déploie au plus près des frontières, sur un front démesurément étendu. Ce dispositif, étiré et difficile à coordonner, facilitera les percées des colonnes blindées allemandes en septembre 1939. Beaucoup d'historiens estiment qu'une défense derrière les fleuves aurait été militairement plus solide, mais elle se heurtait à des impératifs que le commandement polonais ne pouvait ignorer. La Pologne misait surtout sur une offensive française rapide à l'Ouest, qui ne viendra pas.









