Carrefour entre l'Europe, le Moyen-Orient et l'URSS, gardienne des Détroits, la Turquie du président — successeur d'Atatürk — occupe une position stratégique convoitée. Les démocraties voudraient s'en faire un allié pour verrouiller la Méditerranée orientale ; l'Allemagne et l'Italie cherchent au contraire à la neutraliser.
Pour rallier Ankara, la France a accepté en juin 1939 de lui céder le sandjak d'Alexandrette (le Hatay), détaché de la Syrie sous mandat — un geste lourd de sens. Une déclaration anglo-turque de mai a déjà esquissé un rapprochement.
İnönü doit choisir l'orientation de son pays. S'engager résolument aux côtés des Alliés par un traité d'assistance, au risque d'être entraîné dans une guerre que la Turquie, à peine remise de décennies de conflits, redoute ? Maintenir une neutralité prudente, en monnayant sa position sans s'enchaîner ? Ou se rapprocher de l'Axe, qui courtise aussi Ankara ? La maîtrise des Détroits et la sécurité de la région sont en jeu.
İnönü doit-il lier la Turquie aux Alliés par un traité, ou préserver une neutralité prudente ?
İnönü penche vers A tout en gardant B en réserve : après les déclarations du printemps et la cession du Hatay, la Turquie signe en octobre 1939 un traité d'assistance mutuelle avec la France et le Royaume-Uni. Mais Ankara assortit son engagement d'une réserve essentielle — ne pas être entraînée dans un conflit contre l'URSS — et restera, en pratique, neutre pendant la quasi-totalité de la guerre, ne déclarant la guerre à l'Allemagne qu'en 1945, de façon symbolique. La Turquie aura réussi à se rapprocher des Alliés sur le papier tout en préservant sa non-belligérance. La cession du Hatay par la France laissera toutefois un contentieux durable avec la Syrie.









