Joyau de l'Empire britannique, l'Inde compte alors plus de 350 millions d'habitants et fournit une immense réserve d'hommes et de ressources. Mais le mouvement national, porté par le Congrès de Gandhi et Nehru, réclame l'indépendance et supporte de moins en moins la domination britannique.
À l'été 1939, la perspective d'une guerre européenne pose un dilemme aux dirigeants indiens. Le vice-roi, représentant de Londres, peut engager l'Inde dans la guerre sans même consulter les élus indiens — ce qui apparaît comme une humiliation et une négation des aspirations du pays.
Le Congrès doit définir sa ligne. Soutenir l'effort de guerre britannique contre le fascisme, qu'il abhorre, mais en exigeant en contrepartie une promesse ferme d'indépendance ? Refuser toute coopération tant que l'indépendance n'est pas accordée, au risque de paraître servir l'Axe ? Ou lancer une agitation de masse pour profiter de l'affaiblissement de Londres ? Gandhi, attaché à la non-violence, et Nehru, viscéralement antifasciste, doivent concilier morale, stratégie et impatience nationale. La ligne que choisira le Congrès engagera non seulement l'effort de guerre de l'Inde, mais l'avenir même du lien entre le sous-continent et l'Empire.
Le Congrès doit-il soutenir l'effort de guerre britannique, ou en faire le levier d'une exigence d'indépendance ?
Le Congrès s'oriente vers A, qui glisse vers B : il conditionne tout soutien à un engagement clair de Londres sur l'indépendance. Quand, en septembre 1939, le vice-roi déclare l'Inde en guerre sans consultation, l'indignation est vive ; faute de réponse satisfaisante de Londres, les ministères provinciaux dirigés par le Congrès démissionnent en novembre 1939. Gandhi, par conviction non violente, refuse d'exploiter cyniquement la détresse britannique, mais le fossé se creuse. Le contentieux culminera en 1942 avec le mouvement « Quit India ». L'attitude du Congrès en 1939 pose les jalons de la marche vers l'indépendance.









