Depuis des mois, le Japon négociait avec l'Allemagne le renforcement du pacte anti-Komintern, dirigé contre l'URSS. Au même moment, il affrontait l' sur la Khalkhin Gol. Tokyo se voyait donc comme un partenaire de Berlin dans une stratégie commune de containment de Moscou.
L'annonce du pacte germano-soviétique du 23 août tombe comme une trahison. Sans consulter son partenaire japonais, l'Allemagne vient de s'entendre avec l'ennemi commun. Le cabinet du baron Hiranuma est stupéfait : la pierre angulaire de sa diplomatie vient de s'effondrer.
Le gouvernement japonais doit redéfinir sa ligne. Rompre avec l'Allemagne jugée déloyale et se rapprocher des puissances occidentales, voire chercher un arrangement avec l'URSS ? Maintenir malgré tout l'alignement sur Berlin, par cohérence stratégique ? Ou prendre acte du fiasco et réorienter en profondeur la politique étrangère ? Le choix engage l'orientation du Japon entre le nord (l'URSS) et le sud (les colonies européennes d'Asie et le Pacifique).
Face à la « trahison » du pacte, le Japon doit-il rompre avec l'Allemagne, ou maintenir l'alignement sur Berlin ?
Le Japon opte d'abord pour C : désavoué, le cabinet Hiranuma démissionne le 28 août 1939 en déclarant que la situation en Europe est « complexe et impénétrable ». Tokyo prend ses distances avec l'Allemagne, conclut un cessez-le-feu avec l'URSS après la défaite de Khalkhin Gol, et réoriente sa réflexion stratégique. L'humiliation du nord, conjuguée au pacte, accrédite l'option d'une expansion vers le sud — vers les ressources et les colonies du Pacifique. Ce n'est qu'en 1940, après les victoires allemandes, que le Japon se rapprochera de nouveau de Berlin, en signant le Pacte tripartite. L'année 1939 marque ainsi un tournant dans la stratégie japonaise.









