Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 a un volet économique discret : Berlin et Moscou s'engagent à des échanges commerciaux pour contourner le blocus naval britannique. Le 19 août 1939, un premier accord de 200 millions de Reichsmarks sur sept ans est conclu. Mais cet accord est jugé insuffisant par Hitler après la défaite polonaise : l'économie de guerre du Reich a besoin de bien plus.
Le 25 octobre 1939, , conseiller économique du Département politique du ministère allemand des Affaires étrangères, est envoyé à Moscou comme chef négociateur. Sa mission : obtenir de l'URSS des livraisons de matières premières vitales pour l'effort de guerre allemand — pétrole (le Reich consomme 5,5 millions de tonnes/an, produit 4 millions, importe 1,5), manganèse (aciers spéciaux), chrome (blindés), blé, caoutchouc naturel, bois. En échange, l'Allemagne livrera machines-outils de précision, produits chimiques, équipements militaires et brevets industriels. Sur le papier, échange à valeur symétrique.
Les négociations s'annoncent longues, car Staline exerce un chantage : il augmente progressivement ses exigences sur les contreparties allemandes. Schnurre rapporte à Berlin que « Staline traite les négociations comme un marchandage de bazar ». La question de fond reste entière : jusqu'où Berlin peut-il laisser le Reich dépendre d'un fournisseur unique et idéologiquement adverse pour ses ressources critiques, plutôt que de préserver sa diversification ou son autarcie ?
Quel niveau de dépendance accepter avec l'URSS ?
Schnurre obtient un accord maximal, assumant une dépendance massive de l'URSS pour économiser le tonnage que la Royal Navy peut intercepter. L'accord commercial germano-soviétique est signé à Moscou le 11 février 1940. Volume sur 18 mois : 800 millions de Reichsmarks, dont 600 millions de matières premières soviétiques. Livraisons effectives jusqu'au 22 juin 1941 : 865 000 tonnes de pétrole, 648 000 tonnes de céréales, 75 000 tonnes de phosphates, 14 000 tonnes de cuivre, 3 000 tonnes de chrome, ainsi que du caoutchouc, du bois, du manganèse. Sans ces livraisons, l'économie de guerre allemande aurait été en crise dès 1940. L'industrie soviétique reçoit en échange machines-outils Schiess et Wenzel-Witzler, prototypes d'avions Bf 109 et Bf 110, le cuirassé inachevé Lützow (classe Hipper, vendu par la Kriegsmarine en février 1940, renommé Petropavlovsk à Léningrad, utilisé comme batterie côtière pendant le siège), brevets et plans industriels. Cette coopération économique nourrit l'effort de guerre des deux côtés jusqu'à l'Opération Barbarossa (22 juin 1941). Aujourd'hui, l'historiographie (, ) souligne l'ironie : sans la dépendance volontaire à l'URSS en 1939-41, Hitler n'aurait pas pu envahir l'URSS en 1941 avec ses propres ressources préservées.









