Le Japon et la Zone des ressources du Sud
En juillet-août 1941, après l'occupation japonaise du sud de l'Indochine française, les États-Unis, le Royaume-Uni et le gouvernement néerlandais en exil gèlent les avoirs japonais et décrètent un embargo qui coupe le Japon de ses approvisionnements stratégiques — au premier rang le pétrole, dont l'archipel importait environ 80 % des États-Unis. Le caoutchouc relève de la même dépendance : près de 90 % vient de Malaisie britannique et des Indes néerlandaises.
La décision se joue en conférences impériales et de liaison. Le 2 juillet 1941, la conférence impériale entérine l'« avance vers le sud » quitte à risquer la guerre. Le 6 septembre, une nouvelle conférence fixe une échéance : si la diplomatie n'aboutit pas à la levée de l'embargo pour la fin de l'automne, le Japon se préparera à la guerre. La voie diplomatique impliquait un retrait substantiel de Chine — condition posée par Washington (note Hull), jugée inacceptable par l'armée. L'option militaire visait la « Zone des ressources du Sud » (Nanpō) : pétrole de Sumatra et Bornéo, étain et caoutchouc de Malaisie. Le gel des ambitions revenait à laisser fondre les stocks de pétrole.
La question soumise au gouvernement impérial est donc nette : céder pour lever l'embargo, prendre les ressources par la force, ou renoncer.
Privé de ses importations stratégiques par l'embargo allié, le Japon doit-il négocier un retrait de Chine pour lever l'embargo, conquérir la « Zone des ressources du Sud », ou geler ses ambitions ?
Le Japon choisit de saisir par la force les sources de matières premières du Sud. Après Pearl Harbor (7 décembre 1941), l'offensive emporta la Malaisie et Singapour (chute le 15 février 1942) puis les Indes orientales néerlandaises, dont la capitulation fut signée en mars 1942, livrant pétrole, étain et caoutchouc naturel. Le calcul stratégique buta toutefois sur la guerre sous-marine américaine, qui étrangla progressivement les lignes de ravitaillement maritimes : les ressources conquises ne purent jamais être pleinement acheminées vers l'archipel. L'épisode illustre comment la dépendance aux matières premières a précipité l'entrée en guerre du Japon.









