Après des mois de pourparlers politiques laborieux, le Royaume-Uni et la France acceptent enfin d'envoyer à Moscou une mission militaire pour tenter de conclure une alliance avec l'URSS. La délégation, conduite par l'amiral britannique et le général français , arrive le 11 août 1939 — non par avion, mais après un lent voyage en bateau, signe du peu d'empressement de Londres.
Dès les premières séances, un obstacle dirimant surgit. Pour combattre l'Allemagne, l' réclame le droit de faire passer ses troupes à travers la Pologne et la Roumanie. Or Varsovie, qui redoute l'URSS autant que l'Allemagne, refuse catégoriquement de laisser entrer l'armée soviétique sur son sol — craignant qu'elle n'en reparte jamais.
Les chefs de mission sont devant un mur. Faut-il presser la Pologne d'accepter le passage des troupes soviétiques, en passant outre sa souveraineté pour sauver l'alliance ? Respecter le refus polonais, au risque de faire échouer les négociations ? Ou tenter une formule ambiguë qui ne tranche pas ? Le sort de l'alliance, et peut-être de la guerre, se joue sur ce point.
La mission alliée doit-elle forcer la main à la Pologne sur le passage des troupes soviétiques, ou respecter son refus ?
La mission s'en tient, pour l'essentiel, à B : faute de pouvoir livrer l'accord polonais sur le passage des troupes, et dépourvus du mandat de signer, Drax et Doumenc voient les négociations s'enliser. Pendant ce temps, Moscou avait déjà ouvert l'autre porte : le 23 août, Ribbentrop signe à Moscou un pacte de non-agression avec l'URSS, rendant la mission alliée caduque. L'épisode illustre le dilemme insoluble de l'alliance tripartite : on ne pouvait obtenir l'URSS sans sacrifier la Pologne, et l'on ne pouvait sacrifier la Pologne sans renier l'objet même de la garantie. La lenteur et la défiance occidentales auront fait le reste.









