Le minerai stratégique de Chongqing
La Chine produit le tungstène le plus abondant du monde, métal indispensable aux aciers d'armement et aux outils de coupe. Depuis 1936, le gouvernement nationaliste en a fait un monopole d'État géré par la Commission nationale des ressources : tout le minerai du Jiangxi et du Hunan passe par ses mains.
En 1939, ce stock est la principale monnaie d'échange d'un pays sans devises. Le contrat de troc allemand qui, jusqu'en 1937, livrait armes et machines contre le minerai, s'est effondré : Berlin s'est rapproché de Tokyo, a reconnu le Mandchoukouo et rappelé ses conseillers. Pendant ce temps, Moscou consent des crédits massifs remboursables en marchandises.
À Chongqing, la Commission doit trancher : à quel partenaire engager le tungstène pour acheter armes, camions et avions, alors que les ports côtiers sont aux mains du Japon ?
À quel partenaire le gouvernement nationaliste doit-il affecter en priorité son tungstène monopolisé pour financer la guerre ?
Le gouvernement nationaliste a affecté l'essentiel de son tungstène au remboursement des crédits soviétiques. Dès mars 1938, l'URSS — devenue le principal fournisseur militaire de la Chine entre 1938 et 1941 — avait ouvert plusieurs tranches de crédit (au total de l'ordre de 173 à 250 millions de dollars, à 3 % d'intérêt), remboursables en produits chinois dont le tungstène, l'antimoine, l'étain, le thé et la laine. Le minerai était acheminé par voie terrestre via la « route du Nord-Ouest » à travers l'Asie centrale soviétique. Le troc allemand, politiquement intenable après le ralliement de Berlin au Japon, fut abandonné ; les exportations vers les Alliés occidentaux par la route de Birmanie ne prirent une réelle ampleur que plus tard.









