L'incident de Tientsin
Au nord de la Chine, la ville de Tientsin (Tianjin) abrite des concessions étrangères, dont une britannique, îlots de souveraineté hérités du XIXe siècle. Le Japon, maître de la région depuis son invasion de la Chine, supporte mal cette enclave qui sert de refuge à des Chinois hostiles à son occupation et à l'argent du gouvernement nationaliste.
Après l'assassinat d'un responsable chinois collaborateur, les Japonais réclament la livraison de quatre suspects réfugiés dans la concession. Londres refuse, faute de preuves. Le 14 juin 1939, l'armée japonaise riposte en bouclant la concession britannique par des barbelés et en soumettant à des fouilles humiliantes les Britanniques qui en sortent.
Le gouvernement britannique est dans une impasse. Sa flotte est requise en Europe et en Méditerranée face à l'Allemagne et à l'Italie : il ne peut envoyer en Extrême-Orient l'escadre qui seule donnerait du poids à une fermeté. Faut-il tenir bon au nom du prestige impérial, au risque d'un affrontement avec le Japon sans moyens militaires ? Céder aux exigences japonaises pour éviter une crise au plus mauvais moment ? Ou négocier un compromis qui sauve les apparences ?
Face au blocus de Tientsin, Londres doit-il tenir tête au Japon ou composer pour éviter un second front ?
Londres choisit, de fait, C glissant vers B : ne pouvant détacher de flotte vers l'Asie alors que la guerre menace en Europe, le gouvernement engage des négociations à Tokyo entre l'ambassadeur Craigie et le ministre Arita. En juillet 1939, Londres reconnaît en partie la position japonaise en Chine, ce qui revient à un recul diplomatique. La crise s'apaise sans guerre, mais au prix d'une concession qui illustre l'impuissance britannique en Extrême-Orient — et la priorité absolue donnée au théâtre européen. Le contentieux ne se réglera vraiment qu'avec l'entrée en guerre générale. Pour les nationalistes chinois, ce recul britannique confirme l'isolement où les laissent les démocraties face au Japon.









