Catroux et la pression de Tokyo sur l'Indochine
Le Général , 62 ans, est gouverneur général de l'Indochine française depuis l'été 1939. Officier saint-cyrien marqué par sa carrière coloniale et par une longue captivité en Allemagne durant la Grande Guerre, il administre l'Union indochinoise — Tonkin, Annam, Cochinchine, Cambodge, Laos — depuis Hanoï.
En juin 1940, sa position est intenable. La métropole s'effondre sous l'assaut allemand ; le 17 juin, le maréchal Pétain demande l'armistice. L'Indochine se retrouve coupée de la France, sans renforts possibles, avec une poignée de divisions mal équipées. Et le Japon impérial, en guerre contre la Chine, voit dans cette colonie isolée une proie.
Tokyo passe à l'offensive diplomatique. Les Japonais exigent la fermeture du chemin de fer du Yunnan, la ligne Haïphong-Hanoï-Kunming par laquelle transite une partie du ravitaillement de la Chine nationaliste, et réclament l'envoi d'une mission de contrôle chargée de vérifier sur place l'arrêt des convois. Catroux n'a aucune force pour s'opposer à une intervention armée, et nul espoir de secours de Bordeaux. Il doit répondre vite à une exigence qui entame la souveraineté française.
Faut-il accéder aux exigences japonaises sans espoir de renfort, ou refuser au nom de la souveraineté française ?
Catroux applique A : dès le 19-20 juin 1940, jugeant toute résistance suicidaire, il accepte de fermer la frontière au transit d'armes vers la Chine et admet l'entrée d'une mission d'inspection japonaise dirigée par le général Nishihara. Il agit de son propre chef, sans attendre le feu vert de la métropole. Le gouvernement de Bordeaux, ulcéré qu'un proconsul ait cédé sans ordre, le relève de ses fonctions dès la fin juin et le remplace par l'amiral . Catroux, blâmé, refuse de rentrer en France ; il ralliera la France libre de De Gaulle à l'automne 1940, devenant l'un de ses plus hauts dignitaires. Ses concessions n'ont pas suffi : en septembre 1940, le Japon occupe militairement le Tonkin. L'épisode illustre le dilemme insoluble des colonies orphelines de leur métropole vaincue.









