Le sort des îles anglo-normandes
Avec la chute de la France, les îles anglo-normandes (Jersey, Guernesey, Aurigny, Sark), possessions de la Couronne britannique au large des côtes normandes, se trouvent indéfendables : trop proches du continent désormais aux mains des Allemands, sans valeur stratégique justifiant un engagement militaire majeur.
Le gouvernement britannique doit décider de leur sort, et de celui de leurs dizaines de milliers d'habitants. Les défendre militairement coûterait des forces précieuses pour un objectif perdu d'avance et exposerait la population. Les démilitariser et les abandonner sans combat épargnerait des vies mais livrerait à l'ennemi, pour la première fois, un territoire britannique. Reste la question de l'évacuation des civils, partielle et déchirante.
Londres peut démilitariser les îles et organiser une évacuation partielle des habitants. Tenter de les défendre par principe, au prix de pertes inutiles. Ou les abandonner sans rien annoncer, en exposant la population à l'arrivée allemande. C'est aussi une décision symbolique : accepter l'occupation d'un sol britannique.
Londres doit-il démilitariser et évacuer les îles, les défendre, ou les abandonner sans préparation ?
Le gouvernement choisit A : mi-juin 1940, les îles anglo-normandes sont démilitarisées et une partie de la population (notamment des enfants) est évacuée vers l'Angleterre, dans la précipitation et le déchirement, beaucoup d'habitants choisissant finalement de rester. Les Allemands occupent les îles à partir du 30 juin-1er juillet 1940 — seul territoire britannique occupé de toute la guerre. L'occupation y durera jusqu'en mai 1945, marquée par les privations et, à Aurigny, par l'installation de camps de travail. L'abandon des îles, militairement rationnel, fut un choc symbolique et laissa une population sous la botte allemande pendant près de cinq ans.









