Petits États enclavés entre des puissances rivales, la Suisse, la Belgique et les Pays-Bas observent avec angoisse la montée des périls. La neutralité est leur tradition et leur bouclier ; mais l'annexion de l'Autriche, le démembrement de la Tchécoslovaquie et l'invasion de l'Albanie ont montré qu'un statut neutre ne protège de rien si l'on est sans défense.
La Suisse, en particulier, scrute ses frontières. Son Conseil fédéral doit décider de la posture à adopter alors que la guerre approche. La géographie alpine offre des atouts défensifs, mais le pays est petit et entouré de puissances de l'Axe et alliées.
Trois orientations se dessinent. Renforcer massivement l'armée et préparer une résistance dissuasive — la « neutralité armée » —, en faisant comprendre qu'une invasion coûterait cher ? S'en remettre à la seule neutralité diplomatique et au droit international, en limitant les dépenses militaires ? Ou rechercher discrètement la protection d'un camp, au risque de perdre l'indépendance qui fait l'identité du pays ? La crédibilité de la neutralité dépendra de ces choix.
La Suisse doit-elle s'armer pour rendre sa neutralité dissuasive, ou s'en remettre au seul droit international ?
La Suisse choisit A : elle mise sur la neutralité armée. Fin août 1939, elle décrète la mobilisation générale et confie le commandement de l'armée au général , partisan d'une défense résolue. Le pays renforce ses fortifications et fera plus tard le choix du « réduit national » alpin pour dissuader toute invasion. La Belgique et les Pays-Bas misent eux aussi sur une neutralité armée, mais avec des moyens et une géographie moins favorables — ce qui ne les protégera pas de l'invasion de 1940. La Suisse, elle, traversera la guerre sans être envahie, sa neutralité armée n'étant qu'un facteur parmi d'autres de cette singularité.









