Au début de 1939, Hitler a approuvé le Plan Z : un programme pharaonique de construction navale destiné à doter l'Allemagne, d'ici le milieu des années 1940, d'une flotte de haute mer capable de défier la Royal Navy — cuirassés géants, croiseurs de bataille, porte-avions. C'est le rêve d'une marine de prestige, à l'échelle mondiale.
Mais à l'été 1939, la guerre paraît imminente — bien avant que cette flotte ne puisse exister. Le grand-amiral doit affronter une contradiction : le Plan Z absorbe l'acier, les chantiers et la main-d'œuvre, mais ses navires ne seront pas prêts à temps.
Une autre voie existe, défendue par le contre-amiral Dönitz : renoncer aux grands navires de surface et investir massivement dans les sous-marins, arme bon marché et redoutable pour étrangler le commerce britannique. Raeder doit trancher. Poursuivre le Plan Z et ses cuirassés de prestige ? Réorienter d'urgence l'effort vers une flotte de sous-marins en grand nombre ? Ou tenter un compromis qui, faute de moyens, risque de ne donner ni l'un ni l'autre à temps ?
Raeder doit-il poursuivre les cuirassés du Plan Z ou réorienter l'effort vers une flotte de sous-marins ?
La Kriegsmarine maintient l'orientation A jusqu'au déclenchement de la guerre : la priorité reste aux grands navires de surface du Plan Z, au détriment d'un programme sous-marin de grande ampleur que réclamait Dönitz. Résultat : en septembre 1939, l'Allemagne n'aligne qu'une cinquantaine de sous-marins, dont une fraction seulement aptes à l'Atlantique — bien loin des centaines jugées nécessaires pour étrangler le Royaume-Uni. Le Plan Z est aussitôt abandonné, la guerre étant venue trop tôt. Ce mauvais calage entre ambition et calendrier privera l'Allemagne, au début du conflit, de l'arme qui aurait pu lui être la plus dangereuse. Dönitz devra mener ses premières campagnes avec une poignée de bâtiments, en attendant un programme de construction accéléré.









