Raeder et le pari de Seelöwe
Le Grand-amiral , 64 ans, commande la Kriegsmarine depuis 1928. La marine allemande sort éprouvée de la campagne de Norvège, qui lui a coûté une part importante de ses navires de surface. Face à la Royal Navy, première flotte du monde, le rapport de forces lui est radicalement défavorable.
Or a ordonné le 2 juillet de préparer Seelöwe (« Lion de mer »), l'invasion de la Grande-Bretagne. Le plan suppose de transporter une armée à travers la Manche et de la maintenir ravitaillée — sous la menace permanente de la flotte britannique. L'armée de terre rêve d'une traversée façon « franchissement de fleuve » ; Raeder, lui, sait ce que cela exige en barges, en escorte et en maîtrise du ciel.
Ses services calculent qu'aucun débarquement n'est possible avant la seconde moitié de septembre — et que, même alors, la marine ne pourra pas protéger l'opération contre une contre-attaque navale britannique. Les tempêtes d'automne ferment ensuite la fenêtre.
Raeder doit décider s'il dit franchement à Hitler ce que la marine ne peut pas garantir.
Avertissez-vous Hitler que la marine ne peut garantir un débarquement avant fin septembre, ou vous taisez-vous ?
Raeder applique A. Dès le 19 juillet, il proteste contre la charge faite à la marine ; un mémorandum du 30 juillet souligne que le débarquement serait vulnérable à la Royal Navy. Fin juillet, le QG de la Kriegsmarine prévient Hitler qu'un débarquement n'est pas possible avant la seconde moitié de septembre et que, même alors, la marine ne pourra le soutenir face à une contre-attaque britannique. Le chef d'état-major naval refuse d'en endosser la responsabilité pour le reste de l'année. Les conversions de barges n'étant prêtes que le 15 septembre, les seules dates d'invasion possibles tombent les 22-26 septembre, par météo défavorable. Ces réserves navales, combinées à l'échec de la Luftwaffe à conquérir le ciel, conduiront Hitler à ajourner Seelöwe sine die à l'automne 1940. L'invasion n'aura jamais lieu.









