Wiesbaden — tracer la ligne de démarcation
L'armistice entré en vigueur le 25 juin 1940 à 0h35, la commission d'armistice de Wiesbaden doit traduire sur la carte la division de la France. Le texte de Rethondes prévoit l'occupation des trois cinquièmes du territoire, mais le tracé exact de la ligne de démarcation entre zone occupée (nord et façade atlantique) et zone libre (sud) reste à fixer par la délégation allemande.
Le choix du tracé est tout sauf neutre. Une ligne suivant les limites départementales serait administrativement simple. Une ligne pensée stratégiquement couperait les voies ferrées, les bassins industriels et les ressources, maximisant le contrôle allemand. Une option maximaliste irait jusqu'à détacher des régions entières — Alsace-Lorraine, Nord-Pas-de-Calais — du reste du pays.
La commission, présidée du côté allemand par le général von Stülpnagel, deviendra l'organe permanent de contrôle de l'armistice. Pour les négociateurs allemands, il s'agit d'organiser durablement la domination économique et militaire sur la France, tout en laissant à Vichy juste assez de territoire et d'administration pour gérer la population à moindre coût pour le Reich.
Selon quelle logique l'Allemagne doit-elle tracer la ligne de démarcation ?
L'Allemagne combine en réalité les trois logiques. La ligne de démarcation suit grossièrement des limites départementales (A) mais avec des inflexions stratégiques (B), tandis que des régions entières sont placées dans des régimes spéciaux (C) : l'Alsace-Lorraine annexée de fait, le Nord-Pas-de-Calais rattaché au commandement militaire de Bruxelles, une zone côtière « réservée » et une « zone interdite ». La France se retrouve fragmentée en plusieurs zones. La ligne de démarcation, longue d'environ 1 200 km, coupe villages, familles et activités : des millions de personnes ne peuvent plus circuler librement dans leur propre pays. Elle restera l'un des instruments majeurs de pression de l'occupant jusqu'à son abolition en 1943.









