À peine le Pacte d'acier signé, les chefs militaires italiens font remonter à Mussolini un constat sans appel : l'Italie est hors d'état de soutenir une grande guerre à court terme. Les stocks de matières premières sont insuffisants, la marine et l'aviation incomplètes, l'armée mal équipée après les saignées d'Éthiopie et d'Espagne. Le maréchal Cavallero compile ces données dans un mémorandum.
Le pacte vient pourtant d'engager l'Italie à entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne sans condition. Or Mussolini sait que Berlin pourrait déclencher un conflit dès l'automne sur la question polonaise. Le Duce se trouve pris entre son désir de prestige et la réalité de la faiblesse italienne.
Plusieurs voies s'offrent à lui. Avouer franchement à Hitler que l'Italie ne sera pas prête avant plusieurs années et réclamer un long délai de paix ? Bluffer en affichant une fausse confiance pour ne pas perdre la face ? Ou chercher discrètement à se dégager des clauses les plus contraignantes du pacte ? Le message qu'il enverra à Berlin pèsera sur le calendrier de Hitler.
Mussolini doit-il avouer à Hitler l'impréparation de l'Italie et réclamer un long délai de paix ?
Mussolini choisit A : fin mai 1939, il fait transmettre à Berlin le mémorandum dit « Cavallero », exposant que l'Italie ne pourra soutenir une guerre générale avant 1942-1943 et demandant une longue période de paix pour achever son réarmement. Hitler accuse réception sans modifier ses plans. Ce décalage entre l'engagement du Pacte d'acier et la réalité militaire italienne explique qu'en septembre 1939, l'Italie se déclarera « non belligérante » plutôt que d'entrer en guerre — au grand soulagement de ses propres généraux, et à la déception de Berlin. Hitler, de son côté, ne renonce pas à son calendrier et continue de préparer méthodiquement l'attaque de la Pologne.









