Le rendez-vous du col du Brenner
, 56 ans, dirige l’Italie depuis 1922 et a forgé avec l’Allemagne le Pacte d’Acier signé en mai 1939. Pourtant, quand la guerre éclate en septembre, il proclame la non belligeranza — la « non-belligérance » — faute d’une armée prête : l’Italie manque de charbon, d’acier, de devises, et son industrie ne peut soutenir un conflit long.
vient de réclamer une rencontre au sommet. Les deux dictateurs gagnent par trains spéciaux le col du Brenner, dans les Alpes enneigées, ce 18 mars 1940. Le ministre des Affaires étrangères , gendre du Duce, accompagne la délégation et note tout dans son journal. Hitler veut savoir comment, et surtout quand, l’Italie entrera en guerre à ses côtés contre la France et la Grande-Bretagne.
Mussolini sait que son armée n’est pas au niveau et que l’opinion italienne reste tiède. Mais il craint aussi qu’une victoire allemande sans lui ne le prive de tout butin méditerranéen — Nice, la Corse, la Tunisie, Malte. Hitler parle deux heures durant, vante ses forces, tait la date de son offensive à l’ouest. Le Duce doit répondre.
À la table du Brenner, face à Hitler, vous engagez-vous à entrer en guerre maintenant ?
Mussolini retient B. Au Brenner, il assure à Hitler que l’Italie rejoindra la guerre « au moment opportun », sans réclamer de promesses immédiates de territoires ni fixer de calendrier. Ciano note que le Duce, d’abord enclin à temporiser, repart galvanisé par le monologue d’Hitler. Tenu dans l’ignorance de la date de l’offensive, Mussolini croit qu’« Hitler réfléchira à deux fois avant de lancer une attaque terrestre ». L’effondrement français de mai-juin 1940 balaie ces calculs : le 10 juin 1940, jugeant la victoire allemande acquise, Mussolini déclare la guerre à la France et au Royaume-Uni pour s’asseoir à la table des vainqueurs. L’offensive italienne dans les Alpes s’enlise, présage des déboires de 1940-1941 en Grèce et en Afrique qui feront de l’Italie le « ventre mou » de l’Axe.









