Mussolini au Palazzo Venezia — début juin
, 56 ans, observe depuis Rome la percée allemande en France avec un mélange d'admiration et d'inquiétude. L'Italie est en « non-belligérance » depuis septembre 1939 : alliée de l'Allemagne par le Pacte d'acier, mais restée hors du conflit, faute de préparation militaire. Or Hitler est en train de gagner sans elle, et le Duce redoute d'arriver trop tard au partage des dépouilles.
Les pressions s'exercent en sens contraires. Roosevelt et Churchill multiplient les messages pour le dissuader, offrant des contreparties. Hitler, lui, accueillerait volontiers une entrée italienne qui ouvrirait un second front contre la France. Dans l'entourage du Duce, son gendre , ministre des Affaires étrangères, est partagé ; le maréchal Badoglio, chef d'état-major, met en garde : l'armée italienne n'est pas prête, manque de chars, d'avions modernes et de carburant.
Mussolini doit trancher dans les premiers jours de juin. Entrer maintenant pour saisir une victoire facile, attendre la chute certaine de la France, ou écouter Badoglio et rester en dehors : le calcul est autant politique que militaire.
Mussolini doit-il entrer en guerre immédiatement, attendre, ou rester non-belligérant ?
Mussolini choisit A. Il fixe l'entrée en guerre au 10 juin et l'annonce le soir même depuis le balcon du Palazzo Venezia, la déclaration prenant effet à minuit. Le calcul du gain facile se révèle vite illusoire : l'offensive italienne dans les Alpes échoue contre l', et l'armistice du 24 juin n'apporte à Rome que l'occupation de Menton. Badoglio quittera l'état-major après le fiasco grec de l'automne. Mussolini, lui, vient d'enchaîner son destin à celui de Hitler : l'engagement de juin 1940 ouvre la longue série de revers qui mèneront à sa chute en juillet 1943, puis à son exécution le 28 avril 1945.









