« Cromwell » — Angleterre, 7 septembre 1940
Le général commande depuis juillet 1940 les Home Forces, l'armée de défense du sol britannique. Sous ses ordres, l'état-major (GHQ Home Forces) tient le pays en alerte face à une invasion allemande que beaucoup croient imminente depuis la chute de la France.
Le dispositif d'alerte repose sur des mots-codes. Le plus grave, « Cromwell », signifie « invasion imminente » : il met aussitôt les troupes en position de combat, rappelle les permissionnaires et autorise la Home Guard à faire sonner les cloches des églises — un signal réservé, depuis l'été, à l'annonce d'un débarquement.
Dans la première semaine de septembre, les indices s'accumulent. La reconnaissance aérienne photographie des centaines de péniches de débarquement massées de Boulogne à Flessingue. Les conditions de marée et de lune seront favorables à un assaut entre le 8 et le 10 septembre. Des espions allemands débarqués sur les côtes viennent d'être capturés. Le grand raid de la Luftwaffe sur Londres, ce 7 septembre, peut passer pour une préparation.
Le soir du 7 septembre, l'état-major doit trancher en quelques heures, sans certitude que le débarquement aura bien lieu.
GHQ Home Forces doit-il déclencher « Cromwell », le signal d'invasion imminente, sur la foi d'indices encore incertains ?
GHQ Home Forces choisit A. À 20 h 07 ce 7 septembre 1940, l'ordre « Cromwell » est transmis aux Eastern et Southern Commands. Conçu pour une mise en alerte (« action stations »), il est compris en bien des endroits comme l'annonce du débarquement lui-même : des chefs de la Home Guard, de leur propre initiative, font sonner les cloches des églises, ce qui déclenche des rumeurs de parachutistes et une réaction en chaîne à travers le pays. Aucune invasion ne vient : l'opération Seelöwe n'est pas lancée. Dès le lendemain 8 septembre, GHQ doit clarifier les consignes — les cloches ne seront plus sonnées que par un membre de la Home Guard ayant vu lui-même au moins 25 parachutistes atterrir. L'épisode expose la nervosité d'une défense improvisée et le flou de la chaîne d'alerte. Hitler ajourne Seelöwe le 17 septembre, avant de l'abandonner. La « fausse alerte de Cromwell » reste un cas d'école sur le coût des signaux ambigus en temps de crise.









