Gudbrandsdal — Ruge impose sa ligne
Le général , 57 ans, est nommé commandant en chef de l’armée norvégienne le 11 avril 1940, deux jours après l’invasion allemande, en remplacement du général Laake. Officier d’état-major réputé pour sa rigueur, il hérite d’une armée à peine mobilisée, privée de blindés, d’aviation moderne et d’une partie de ses dépôts d’armes saisis dès les premières heures.
Depuis Oslo, les forces allemandes poussent vers le nord par les vallées. Ruge se positionne entre le Randsfjord et le lac Mjøsa pour les ralentir dans les passes étroites. Son raisonnement : tenir assez longtemps pour que les renforts britanniques débarqués sur la côte arrivent en force. Si les Allemands remontent la vallée du Gudbrandsdal, ils menaceront de revers les Alliés qui visent Trondheim plus au nord.
Or les plans alliés et les siens divergent. Les Britanniques débarquent à Åndalsnes avec l’intention de marcher sur Trondheim. Ruge, lui, juge prioritaire de consolider la ligne norvégienne juste au sud de Lillehammer, là où se joue sa défense. Les brigades britanniques arrivent mal équipées, sans cartes ni transmissions sûres. Ruge doit décider du ton à adopter avec ses alliés.
Imposerez-vous aux Britanniques de renforcer votre ligne du sud, ou suivrez-vous leur plan sur Trondheim ?
Ruge opte pour A. Quand la débarque à Åndalsnes, il exige — et non demande — qu’elle renonce à progresser sur Trondheim pour venir consolider les lignes norvégiennes au sud de Lillehammer. Les troupes britanniques, mal équipées et mal débarquées, montent en ligne dans le Gudbrandsdal ; à Kvam, Britanniques et Norvégiens tiennent les Allemands pour ce que l’historien décrira comme « la première vraie bataille, et non une exécution ». Mais sans couverture aérienne ni renforts suffisants, la ligne cède par étapes. Ruge poursuivra la lutte vers le nord, refusera de se rendre et finira évacué, puis prisonnier. Son insistance a soudé un temps l’effort commun, sans pouvoir compenser l’écrasante supériorité aérienne allemande sur la Norvège du Sud.









